Brest la grise

Après mon arrivée à Brest, j’ai quitté le Vauban, et je me suis installé au port de commerce.

Cette année-là, l’été prit fin avec le mois de septembre… L’automne arriva et s’installa trois mois, un an, cinq ans… Le ciel n’était pas forcément gris, mais moi je l’étais… Comment refaire entièrement sa vie sans douter ? Le tabac, l’alcool et les jeux complétaient mes journées. Me rassuraient. Me nourrissaient.

Brest-port-brouillard - Copie

Pour vivre, j’avais tout l’argent que je voulais. Souvenir douloureux d’une vie antérieure. Et justement, ça ne pouvait pas me rendre heureux. Longues balades sans but sur le port. Le gris des bâtiments, le gris du bitume, le gris des bateaux, le gris du ciel, le gris de la mer, le gris des gens… J’étais les gris de Brest. L’aigri de Brest.

Par ses couleurs politiques, elle fut longtemps surnommé « Brest la Rouge » ! Brest, la révoltée, l’insoumise. Par ses constructions d’après-guerre, on l’appela « Brest la Blanche » ! Bâtiments bétonnés et peints en blanc, au plus rapide. C’était moderne, c’était beau, c’était les années 50, les années 60. Et progressivement, tout s’est terni. Brest était grisante, Brest s’est grisée.

Dans la fin des années 90, je n’étais plus qu’une ombre. Et je me fondais dans le brouillard et la grisaille de la ville, je me morfondais. Les jours de beau temps, je ne les voyais plus. Chez moi, tout était gris. Toujours gris.

Brest-brouillard

Grosse période de déprime. Je luttais contre la dépression, de bar en bar, en enchaînant les pressions. Lire la suite

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Train de nuit

Nous nous sommes quittés après mon passage chez l’infirmière, début juillet 1993, il y a 22 ans. Voici la suite de mon histoire.

J’ai décidé de fuir. De Naples, je suis remonté à Rome. Pour mettre définitivement une croix sur mon passé, je devais m’en aller le plus loin possible. Et j’avais une idée en tête : retourner sur les terres de ma grand-mère maternelle, en France. En Bretagne. D’ailleurs, était-ce vrai ? Était-elle vraiment bretonne ? Je n’en savais rien. Je ne l’avais pas connue. C’était une histoire, une histoire de famille que j’avais entendue. Ai-je réellement des racines bretonnes ? Je n’en savais rien. Et aujourd’hui encore, je n’en sais toujours rien.

 

Gare de Rome-Termini

Ce qui comptait pour moi à ce moment de mon existence n’était pas de savoir d’où je venais. L’important était de savoir où j’allais. Le Palatino est le train qui allait – et qui va toujours – vers Paris. Aussi connu sous le nom de « Rome-Express » (dans l’autre sens).

En cette fin d’après-midi à Rome, il pleuvait. Il pleut toujours dans ce genre de moment. C’est très cinématographique. En plein été, c’était une pluie chaude, orageuse. Le genre de pluie dont on se souvient. Je m’en souviens. Ironie du sort, ma destination finale était la Bretagne.

Le Palatino. Train de nuit, Rome-Paris

Le Palatino. Train de nuit, Rome-Paris

Un aller-simple pour moi, s’il vous plaît. Rome-Paris. De la gare de Termini vers la gare de Bercy. Toute une nuit de voyage…

« Je prends le train des insomnies
Et plus rien ne m’arrête
De l’aube jusqu’à l’aurore
Trajet à très grande ivresse »

Je quittais tout en Italie. Lire la suite

J’ai perdu la saison

Non, ce n’est pas la raison que j’ai perdue. Et non, on n’est pas Breton sans Raison (Loïc, si tu nous regardes !) Mattéo Fonzatti n’est pas du genre à perdre la raison comme ça. Et quand je dis « comme ça » : je veux bien sûr dire « sans raison ». Mais puisque je vous dis que je ne l’ai pas perdue !  Vous remarquerez au passage qu’il m’arrive de parler de Mattéo à la troisième personne : il s’agit bien de moi. Si ça peut vous rassurer… C’est mon petit côté César, Italie, mégalo, toussa toussa quoâ… Alors quand je vous annonce que j’ai toujours toute ma raison, je vous assure que vous pouvez me faire confiance.

Amis lecteurs, si vous commencez la lecture de mon article par cette phrase : rassurez-vous, vous n’avez rien loupé en ne lisant pas le préambule. Je signalais (de façon maladroite, certes) que je n’ai pas perdu la raison. C’est la saison qui m’échappe !

A Brest, l’été dernier s’est prolongé jusqu’en octobre. L’automne a ensuite été long, très long. Jusqu’à ces trois jours d’hiver entre Noël et le Premier de l’An. Et l’automne est revenu, avec son ciel gris et ses températures douces. Une petite tempête est passée en début de semaine, mais ce fut rapide. Une tempête en coup de vent. Une rafale éclair, sans tambour ni tonnerre.

« À découvert, à Recouvrance
Ici l’hiver vaut bien une danse
Le soleil gronde, les nuits sont longues
Brest ma belle, ma tombe. » – François Raoult, Au frais des quatre saisons

Notez que lorsqu’on parle des « quatre saisons » à Brest, ce ne sont pas celles de Vivaldi (ni celles de la pizza). Il s’agit de la chanson de François Raoult, dont voici le clip :

Enfin bon, quatre saisons, c’est vite dit… Vu le temps qu’il fait vraiment… Certaines mauvaises langues vous diront même qu’à Brest, il n’y a que deux saisons : « La grande saison des petites pluies, et la petite saison des grandes pluies. » Je vous laisse méditer là-dessus.

Allez kenaciao, on se retrouve bientôt… « Ou alors à l’horizon… »

MF