Etat d’urgence

Tout va bien. Ce mois de novembre est doux. L’été indien se prolonge encore un peu. Tiens ! Il y a un match de foot à la télé, ce soir. Un amical : France-Allemagne. On a intérêt à les battre ! Rien que pour le plaisir de battre les champions du monde en titre. On est vendredi 13, ça peut nous porter chance !

Tout va bien. Tiens ! Une détonation ! Sans doute un pétard aux abords du stade… Et encore un autre ! Ça doit être des gros pétards alors ! Ou de l’orage. Mais ça n’a pas été signalé à la télé. Fred Calenge aurait fait un point météo. Non, il a seulement parlé de l’état de la pelouse. En très mauvais état, d’ailleurs ! Il y a même des cailloux dedans, honteux !

Tout va toujours bien. Tu regardes le match comme si de rien n’était. Ça tombe plutôt bien : on gagne. Mais à quelques minutes de la fin, on t’annonce une catastrophe. Même pire. On ne sait pas encore vraiment ce qui se passe. « Une édition spéciale suivra ce match… » On t’apprend que Paris se fait attaquer. Et tu restes, stupéfait, devant la télé. Des fusillades ont éclaté dans la capitale, des kamikazes se sont fait sauter à Saint-Denis, une prise d’otage est en cours dans une salle de concert… La terreur. On t’annonce la guerre à la télé. En direct. Tout allait bien.

Les nouvelles tombent, les chiffres défilent, le bilan s’alourdit. Tu ne sais plus quoi dire, quoi penser. T’es là, devant ta télé, dans ton bar, ou à la terrasse de ton café. Et tu engranges toutes ces horreurs. Le Président arrive à l’écran. Il n’a pas l’air rassuré. Il est fébrile. Et les infos sont confirmées. Il y a déjà trop de victimes, mais le bilan est encore loin d’être définitif. On déclare l’état d’urgence.

« Instaurons l’état d’urgence
Des missions de reconnaissance
Ne restons plus sur nos défenses
Nos pavillons de complaisance
Engageons-nous dans la résistance
Donnons-nous encore une chance
Invoquons le droit d’ingérence
[…]
Dis-moi, à qui tu penses ?
A ceux qui n’ont pas eu la chance ?
A Lily, à Lilas, à Layla, à Lola
A Lily, à Lilas, à Layla, à Lola »

– Miossec, Le Stade De La Résistance

Et tu vas dormir, sans avoir sommeil. Sans savoir pourquoi. Sans savoir qui figure parmi les victimes. « Dis-moi, à qui tu penses ? » … Le lendemain, tu te réveilles avec un mal de crâne atroce. La gueule de bois. Et tu espères que tout ça n’était qu’un cauchemar. Mais la réalité te rattrape.

Quand tu ouvres les réseaux sociaux, tu constates d’abord la solidarité. Des anonymes prêts à ouvrir leurs portes à ceux qui en ont besoin, des avis de recherches qui circulent, des messages de soutien qui rappellent que l’Humanité est sensible. Lire la suite

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Lampedusa…

Plus de vingt ans ont passé depuis mon grand départ de la Sicile. La Sicile, au cœur de la Méditerranée, belle et terrible à la fois. Des hommes et des femmes y vivent des moments très difficiles. Notamment sur une toute petite île, « isula di Lampidusa ».

« A Lampedusa au large de la Sicile, 
Ils sont plus de cent sur un tout petit bateau.
Ils ont traversé la mer jusqu’à la première île, 
Et plus d’une et plus d’un y a laissé sa peau.

A Lampedusa ils sont arrivés dix mille,
Ils ont bravé les vagues ils ont bravé la peur.
A Lampedusa au large de la Sicile,
Prêts à mourir pour vivre un avenir meilleur. »

lampedusa

Lampedusa, une vingtaine de km², environ 6000 habitants, et des centaines de nouveaux arrivants tous les ans. Souvent, ils n’ont pas le choix. Lire la suite

Degemer mat !

Ceci est un message à mes lecteurs, aux initiés et aux nouveaux venus. De la première heure, ou curieux de passage. Malins resquilleurs, embrouilleurs de barrages. Salut, bienvenue à bord !

Je suis Mattéo. Je suis Charlie aussi. Mais les gens m’appellent Mattéo. Mattéo Fonzatti. Enchanté. Degemer mat ! A défaut d’être dresseur de loulous, je suis au moins dynamiteur d’aqueducs. Même si on ne m’a jamais vu dans le Vercors, sauter à l’élastique. J’y suis passé pourtant, tout de suite en quittant l’Italie. Mais c’est en Bretagne que je me suis établi.

Ici, au fil des mots, je décline coups de cœur et coups de sang. Ce que j’aime, c’est ça, c’est ça, c’est ça qu’on aime vivre avec. Ce que j’aime moins, devenir styliste mais pour Eddy Mitchell, conjuguer bouillir au subjonctif pluriel, et faire les courses le samedi d’avant Noël… Je me révolte contre ceux qui nous gouvernent, et ceux qui le voudraient. Alors engageons-nous dans la résistance, donnons-nous encore une chance. Invoquons le droit d’ingérence. Rentrons en guerre d’indépendance !

Je vous livre aussi une partie de mon existence. Ce que je suis. Aet eo d’ar broioù pell, d’ur vro n’an’vezan ket. Aet eo d’ar broioù pell da c’hounit e vara. Kollet, kollet un deiz, an hini a garan. Ce que je pense. Que restera-t-il de ma course autour du Soleil. Que restera-t-il de toutes mes nuits sans sommeil. Que restera-t-il de moi ? Et même si on ne change pas (on met juste les costumes d’autres sur soi), je continuerai, malgré la pluie, glav, glav, glav. Vive ma liberté !

Je m’inspire librement de mes « idoles ». Bashung, Dion, Zebra, Servat, Oldelaf, Korbell, Soldat, Stivell, Hallyday, Miossec. Les lignes en italique sont leurs paroles. C’est bien d’hommage.

N’eo ket echu ! C’est pas fini ! (On vient à peine de commencer…) Bon voyage !

Kenaciao !

MF

A l’ami Ferrero

C’est dur de voir partir des amis. Michele en était un.

michele-ferrero

La première fois que j’ai quitté Palerme, avec des kilos de bananes sous les bras, c’était pour rencontrer Michele. J’ai traversé toute l’Italie, du Sud au Nord, jusqu’à Alba.

Michele Ferrero était un homme très discret. Un virtuose du chocolat. Avec le Nutella, et sa fameuse huile de palme, c’est la gastronomie italienne qu’il a réinventé.

J’ai eu plusieurs mentors dans ma vie. C’est Michele qui m’aura le plus marqué. Droit dans ses bottes, solide dans ses convictions. Il était un passionné. Il m’a appris les ficelles du métier.

Maintenant, Michele est parti. Aussi discrètement qu’il était arrivé. Mais ce n’est pas grave. Il reste l’essentiel. Il nous a légué le Nutella.

Kenaciao !

MF