Brest la grise

Après mon arrivée à Brest, j’ai quitté le Vauban, et je me suis installé au port de commerce.

Cette année-là, l’été prit fin avec le mois de septembre… L’automne arriva et s’installa trois mois, un an, cinq ans… Le ciel n’était pas forcément gris, mais moi je l’étais… Comment refaire entièrement sa vie sans douter ? Le tabac, l’alcool et les jeux complétaient mes journées. Me rassuraient. Me nourrissaient.

Brest-port-brouillard - Copie

Pour vivre, j’avais tout l’argent que je voulais. Souvenir douloureux d’une vie antérieure. Et justement, ça ne pouvait pas me rendre heureux. Longues balades sans but sur le port. Le gris des bâtiments, le gris du bitume, le gris des bateaux, le gris du ciel, le gris de la mer, le gris des gens… J’étais les gris de Brest. L’aigri de Brest.

Par ses couleurs politiques, elle fut longtemps surnommé « Brest la Rouge » ! Brest, la révoltée, l’insoumise. Par ses constructions d’après-guerre, on l’appela « Brest la Blanche » ! Bâtiments bétonnés et peints en blanc, au plus rapide. C’était moderne, c’était beau, c’était les années 50, les années 60. Et progressivement, tout s’est terni. Brest était grisante, Brest s’est grisée.

Dans la fin des années 90, je n’étais plus qu’une ombre. Et je me fondais dans le brouillard et la grisaille de la ville, je me morfondais. Les jours de beau temps, je ne les voyais plus. Chez moi, tout était gris. Toujours gris.

Brest-brouillard

Grosse période de déprime. Je luttais contre la dépression, de bar en bar, en enchaînant les pressions. Lire la suite

Se soustraire aux addictions

Mattéo Fonzatti est un homme libre. Ou, du moins, c’est un homme libéré.

          « Je joue avec le feu. Qui le premier fera ses adieux ? » – Merzhin, La Rue Calumet

La clope aurait pu me griller, me laisser mort sur le bord de la route. J’en ai décidé autrement. C’est ma toute dernière victoire à ce jour.

Mon souffle avait diminué ces dernières années, mais, dans mon orgueil, je refusais de m’en rendre compte. Je ne voulais pas accepter cette évidence. Après m’être battu si longtemps, je n’arrivais pas à concevoir que quelqu’un puisse se dresser devant moi sans plier. Ce dieu Tabac, qui a soumis tellement d’hommes, m’avait eu moi aussi.

          « Je déchire notre amour de papier et j’écrase notre amour mal consumé » – Merzhin, La Rue Calumet

Pour s’arrêter, il faut la volonté. On l’entend dire assez souvent. Mais c’est faux. Pour se sevrer, pour abandonner la clope, il faut bien plus que de la volonté. Sinon, on se fait bouffer ; elle reviendra à la charge. Il faut avoir une haine dans les veines, une certaine rage même… Je suis enragé, j’ai vaincu.

En 2006, dans son album Pieds nus sur la braise, le groupe breton Merzhin a décrit cet « amour mal consumé ». Mais là, c’est la clope qui a le dernier mot, laissant à l’homme les derniers maux…