Redoubler la primaire

En septembre dernier, la « rentrée déclasse » avait fait quelques victimes. Il semble donc normal que cette année les bulletins soient mauvais et que les primaires redoublent.

Si on traverse l’Atlantique, on se rend compte que ce sont les bulletins de santé qui tombent. Et ils vont tous très bien. (*)

hillary_clinton_vs_donald_trump

(* offre soumise à conditions)

 

Là, c’est précisément le paragraphe de l’article dans lequel je suis censé évoquer la situation française.  D’un côté, il y aurait la « primaire ouverte de la droite et du centre » qui n’a d’ouverte que le nom et qui est plutôt à droite qu’au centre. De l’autre côté, il y aurait la primaire-de-la-gauche-mais-on-ne-sait-pas-encore-trop-comment-ça-va-se-passer, ou alors la primaire des gauches, ou encore les primaires d’un peu tous ceux qui veulent devenir Président à gauche mais qui, faute d’argent ou de soutiens, ne deviendront pas candidats, parce que, mine de rien, on est dans une démocratie ou il faut pas mal d’argent et de soutiens pour pouvoir soumettre ses idées – bonnes ou (très) mauvaises – au vote des citoyens. Vous voyez l’idée ?

Pour tout vous dire, je n’ai pas vraiment envie de me plonger plus profondément là-dedans.

Alors je vous propose autre chose. Je vais vous parler d’une vraie primaire. Pour être précis, il s’agit de la classe de CE2 de Mme Fontana. Les réformes de l’Education Nationale étant passées par là, il y a beaucoup d’élèves dans cette classe…

En voici quelques-uns : tout à droite, près du radiateur, on trouve les inséparables Marine et Florian. Ils considèrent qu’ils sont les élèves les plus attachés à leur classe, mais ils n’aiment pas leur institutrice, et voudraient la changer. A côté d’eux est assis Nicolas. Enfin non, il n’est pas assis. Il est debout. Depuis qu’il est parti dans son délire « debout la classe », plus personne n’arrive à le faire s’asseoir. Toujours dans la partie droite de la salle, on trouve le petit Nicolas, ancien délégué de classe, toujours en train de lire les aventures d’Astérix le Gaulois. Il est entouré par sa bande de « copains » : Alain, Nadine, Nathalie, Jean-François, François et Bruno pour ne citer qu’eux.

Tout au milieu de la classe, il y a François et Jean-Christophe. Il y avait aussi Robert, mais il vient d’être viré après avoir montré son zizi à la maîtresse :/

Un peu plus à gauche, un troisième François (ça devait être l’année des F). Celui-ci est l’actuel délégué. Il est entouré de ses amis Manuel, Ségolène, Jean-Marc, Jean-Yves, etc. Pour être honnête, depuis quelques temps, c’est plutôt Manu qui est devenu le chef de la bande. On peut noter que Jean-Yves n’est pas souvent en classe, car il est aussi inscrit au CNED, et beaucoup d’élèves lui reprochent ce cumul. Le petit Emmanuel était assis à côté d’eux, mais il a récemment changé de place à sa table, on ne sait pas trop où, « ni à gauche, ni à droite » selon lui.

Encore à gauche se trouvent Arnaud et Benoît, les anciens copains de Manu et François. Avant, ils jouaient aux billes tous ensemble, mais maintenant, ils préfèrent jouer seuls avec leurs frondes. Tout près, celle qui fait des dessins sur du papier recyclé s’appelle Cécile. Elle est assise à côté de plusieurs autres éelves (la faute de frappe est volontaire) mais ils n’arrivent jamais à s’entendre entre-eux. Enfin, tout à gauche, il y a Jean-Luc, puis Philippe. Ils n’aiment pas Madame Fontana, et elle le leur rend bien. Elle trouve que Jean-Luc pourrait être copain avec Marine et Florian, mais lui ne veut surtout pas en entendre parler.

"Alors les enfants, dans quel sens va la courbe du chômage ?"

« Alors les enfants, dans quel sens va la courbe du chômage ? »

Maintenant qu’on a fait un petit tour de classe, je vous présente le contexte : les nouvelles élections de délégués approchent, et tout le monde veut accéder au titre. On sait déjà que Marine et Jean-Luc vont se présenter d’office. Mais avoir plus de chance de gagner face à des petits élèves de plus en plus populistes populaires, les troupes du petit Nicolas et du petit François à lunettes vont tenter d’organiser une élection chacun de leur bord, avant de se présenter à la véritable élection du délégué.

Du côté droit, c’est bien simple : tout le monde se présente, parce qu’ils ont tous différentes façons d’avoir les mêmes idées. Ils veulent ouvrir ce vote uniquement à la partie droite de la classe, plus le milieu. C’est important parce que François du centre aime bien Alain. L’enjeu principal pour ces élèves est le problème des petites frappes de CM2 qui viennent les embêter pendant la récré. Et ils ne veulent plus accueillir les CP sous le préau. « Leur instit’ est très méchant, mais ils doivent rester dans leur classe. On ne peut pas se permettre de les voir tous débarquer sous le préau à chaque récré. »

Du côté gauche, c’est le grand bazar ! Tout le monde veut aussi se présenter, mais personne ne sait vraiment comment organiser des pré-élections. En plus de cela, ils ont des idées en pagaille, mais n’arrivent jamais à se mettre d’accord. Manuel et Myriam ont récemment fait passer en force la loi « devoirs du soir » auprès de Madame Fontana, Emmanuel est passionné par les bus scolaires (et amoureux de son institutrice, mais c’est une autre histoire), Cécile voudrait légaliser la consommation de bonbons dans la cour de récré (même les bonbons qui piquent la langue !), et Jean-Luc passe son temps à embêter tout le monde en lançant des boulettes de papier dans toute la classe. Comment voulez-vous, avec cette bande de champions, que l’un d’entre eux devienne le candidat de la partie gauche de la classe aux élections de délégués.

Surtout que c’est un peu bête, cette histoire de petits votes entre copains avant la grande élection. C’est le François du milieu qui le dit. Il affirme que ça ne va pas dans le sens du règlement de l’école. Ses camarades de classe se moquent un peu de lui (surtout parce qu’il a des grandes oreilles, qu’il lui arrive de bégayer, et qu’il vient en tracteur à l’école) même s’il aura un certain poids dans le vote final, puisque sa candidature dépendra de ce que décideront ses collègues de droite.

Avec toute cette agitation, Madame Fontana ne sait plus trop où donner de la tête. Elle a conscience que certains aspirants au poste de délégué on déjà eu plusieurs « mauvais points » ou même des heures de colle. Mais elle ferme les yeux là-dessus. En primaire, n’importe qui peut se présenter, peu importe ses histoires maternelles…

Je vous propose de laisser ces élections de délégué de classe se préparer tranquillement. Nous reviendrons dans la classe de Madame Fontana très bientôt, histoire de comptabiliser ceux qui n’auront plus bonne mine, ceux qui se seront fait tailler, celles qui auront leurs règles, ceux qui auront levé l’encre et ceux qui mettront la gomme pour accéder au titre convoité.

Kenaciao !

MF

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3 réflexions sur “Redoubler la primaire

  1. oui c ‘est pas très « classe »,
    peut etre qu’ils sont dans, au lieu de dire la salle de classe, on pourait dire la sale classe

    bon je suis bien ennuyé si ils redoublent tous, on les aura toujours, si on les fait passer, ils iront ou, ya pas des nouveaux ? qui pourraient apporter qq chose de mieux ?

    Aimé par 1 personne

    • Leur principal défaut, dû à leur comportement primaire, c’est qu’ils finissent tous par redoubler. Et les p’tits nouveaux sont toujours tout au fond de la classe : quand ils arrivent à passer au premier rang, souvent on se rend compte qu’ils ne valent pas beaucoup plus que les vieux dinos…

      Aimé par 1 personne

  2. Pingback: Couleurs primaires | Mattéo Fonzatti

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