Le Paris-Brest

On m’a vu dans le Vercors, dans un train de nuit, voyageant de Rome à Paris. Voleur d’amphores, sans domicile fixe, dans les rues de Paname. Ceci est la suite de mon histoire. Départ de la capitale, pour une destination du bout du monde.

Mon transfert jusqu’à Paris fut un moment douloureux. Les kilomètres de voie ferrée défilaient, pendant que je ressassais sans cesse des souvenirs du passé… J’avais été parfois sympathique, parfois cruel. Je savais me montrer parfois tendre, parfois monstrueux… Mais trop souvent, j’avais été inhumain. Cosa Nostra m’avait embrigadée, et je suis devenu mafioso jusqu’au bout des ongles. 1992 fut pour moi la grande année des règlements de compte, après une vingtaine d’années passées à la tête du plus grand trafic de bananes de toute la Sicile. 1992 fut l’année où je décidai de tout quitter sur les terres italiennes de mes ancêtres. 1993 allait marquer ma renaissance. Ailleurs. Loin de Palerme. Très loin. En France. Dans des contrées bretonnes d’où une grand-mère maternelle était originaire.

train-paris-juillet1993

Mon Rome-Paris fut dur. Mais mon Paris-Brest fut doux. Et j’aime que durent ces moments doux. A l’intérieur de ce train, une nouvelle page de ma vie commençait à s’écrire. Des kilomètres de vie en rose. Avant d’en arriver là, on m’avait décrit les Bretons comme des gens taiseux au fort caractère. La gare de Brest s’approchait, et j’étais sur le point de le découvrir par moi-même. Finalement, taiseux, je l’étais aussi. Et mon caractère pouvait être explosif…

La nuit je mens, je prends des trains à travers la plaine… Et en cette journée ensoleillée, je me mentais encore. Je me disais que tout allait bien. Je ne sentais pas encore ce trou noir à l’intérieur de moi : il me dévorerai petit à petit dans les mois suivants. Mais le bonheur éphémère de découvrir la campagne finistèrienne l’emportait pour l’instant. Brest était au bout de la voie.

brest-1993-enez-eussa-jeudis-du-port

En cette fin d’après-midi – c’était un mardi – la ville de Victor Le Gorgeu et de Georges Lombard m’accueillait. Me voilà, seul sur le quai de la gare, hagard dans ces nouveaux lieux pour moi. Quelques pas vers le sud, les bagages à bout de bras, me firent découvrir le port. C’est là que je voulais m’installer. En attendant, c’est dans la chambre d’un mythique hôtel brestois que je logerais. Pour passer une nuit. Quelques nuits. Je mens.

Kenaciao !

MF

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3 réflexions sur “Le Paris-Brest

  1. Pingback: Chambre 206, hôtel Vauban | Mattéo Fonzatti

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