L’infirmière

Bip… bip… bip… Mon rythme cardiaque bat la mesure sur une musique électronique. Je me réveille. Après un mois et demi. C’est long, un mois et demi. 42 jours pour être précis. 42 jours pendant lesquels tout s’est suspendu. 42 jours. Les 42 derniers jours d’une autre vie.

cardiogramme

1992. J’avais décidé de quitter Palerme. Le climat sicilien ne me plaisait plus. Ma vie ne me plaisait plus. Mattéo Fonzatti était redouté. Il faisait peur. C’était le parrain. Toute la Sicile le respectait. Un pro des affaires. Un magna du commerce. J’avais tout l’argent que je voulais. Toutes les femmes aussi. Et j’avais eu des enfants. Combien ? Au moins une dizaine. Peut-être plus. Je ne le savais pas trop en fait. Et je ne voulais pas le savoir non plus… Tout ça ne m’intéressait plus désormais. Je voulais changer de vie.

Quelques mois après m’être installé dans la baie de Naples, il y a eu cet accident de la route. Accident… Je n’aime pas ce mot. Je n’ai jamais été persuadé que c’en soit vraiment un. Ce soir-là, ma Ferrari est morte. Pas moi. J’ai passé 42 jours quelque part entre la vie et la mort. Drôle d’expérience. Je ne vous la souhaite pas.

Bip… bip… bip… « Tétanisé. Assomé. Incapable de rien. » Tu es apparue quand j’ai rouvert les yeux pour la première fois. « J’en ai marre de faire semblant. J’en ai marre de faire comme si tout me glissait dessus. » Tu m’a aidé à me relever. Je croyais que j’étais fini, mais non. Sans doute pas tout à fait. Au fil des jours, tu m’as regardé sans préjugé, « comme si tu n’avais jamais douté de la beauté du monde, ni de celle des hommes. » Mais tu ne me connaissais pas. Et au fond, je ne voulais pas que tu me connaisses. Je voulais tout quitter. Encore. Partir plus loin. Encore plus loin. Mais j’avais besoin de toi comme d’une infirmière. Ma rééducation fut douloureuse. Tu m’éclairais. Tu me donnais de la force. Tu ne jouais pas à me charmer pourtant. C’était naturel chez toi.

« Sur la musique, on va on vient, corps contre corps, main dans la main… » Gare de Naples, j’ai hésité. J’ai repensé à la dernière fois où nos yeux s’étaient croisés. Des yeux verts. Un vert émeraude. Mais je suis parti. Ici, je me sentais en danger. Pire, je me sentais comme un danger. J’ai décidé de fuir.

Il ne me reste que l’image de ton regard. Mon infirmière.

Kenaciao !

MF

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3 réflexions sur “L’infirmière

  1. Pingback: Train de nuit | Mattéo Fonzatti

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